Troisième fillette retrouvée étranglée et poignardée dans la rue. Contrairement aux deux précédentes habillées avec des vêtements d’apparat, cette dernière est nue. Trois jeunes victimes dans trois bidonvilles différents.
L’affaire est confiée à la police criminelle de Kaboul, avec à sa tête le qommandaan Oussama Kandar, ancien sniper du commandant Massoud.

Au même moment, à des milliers de kilomètres de là, une femme à qui il manque trois doigts, est enlevée ainsi que toute sa famille par la mafia italienne. Pour pouvoir sauver les siens, il va falloir qu’elle mette la main au plus vite sur un certain Franck X.

De Kaboul à Paris, Baad est le combat de deux mères prêtes à tout pour sauver leurs familles.

Baad nous emmène donc en Afghanistan, bien loin des préjugés ou des images véhiculées par les médias. Cédric Bannel sait de quoi il parle, puisqu’il connaît bien le pays pour le sillonner depuis plusieurs années. Sans jugement ou parti pris, il nous offre un roman d’une très grande qualité extrêmement bien documenté ; puisque dès les premières pages, on est immédiatement mis dans l’ambiance. Le dépaysement est au rendez-vous. J’avoue même que si l’endroit n’est pas une destination qui fait rêver, l’auteur a réussi à décrire les paysages de manière à me donner envie de découvrir cette région du monde, c’est dire…

On est au coeur du fonctionnement de la police afghane : corruption, violence, trafic de drogues, vengeance.
Mais Baad est avant tout un véritable page-turner avec son lot de suspens, avec le décompte de la prochaine victime, ses rebondissements, ses intrigues, sa double enquête. Et pour que Baad ne soit pas juste un (excellent) polar parmi d’autres, l’auteur y distille ici et là des informations sur les us et coutumes des afghans. Saviez-vous que l’espérance de vie d’un afghan est de 46 ans ??

Et les personnages dans tout ça ? Même dans cet environnement très dur, comment ne pas apprécier celui du très surprenant et charismatique qommandaan Kandar et de sa femme Malalai, gynécologue, féministe à l’esprit très ouvert, dans cette société qui allie aussi bien tradition que modernité. Et Babour, le scientifique de la Criminelle, cocasse avec ses fausses lunettes à la façon des Experts.

Très réaliste, je me suis même demandée par moments si le roman n’était pas une autofiction.
J’ai tellement été emportée par l’écriture très visuelle et l’ambiance que dégage ce roman, que personnellement, ça ne m’aurait pas dérangé qu’il n’y ait pas de double affaire.

Baad (homme mauvais, violent, cruel envers les femmes) est l’un des meilleurs polars de l’année.
Merci aux éditions Robert Laffont


“Baad” de Cédric Bannel - Editions Robert Laffont - 2016